Marchand de biens

Marchand de biens : définition juridique

Le métier de marchand de biens consiste à acheter des biens immobiliers dans le but de les revendre en générant une marge. Plus qu’un investisseur, ce professionnel est un opérateur économique dont l’activité repose sur l’achat de biens ou de droits immobiliers dans une perspective spéculative assumée, ce qui le différencie de l’agent immobilier exerçant une activité traditionnelle de vente et d’achat, de gestion locative ou de syndic. La qualification de marchand de biens emporte des conséquences juridiques, opérationnelles et fiscales majeures qui structurent la pratique de cette activité.

Cadre juridique du métier de marchand de biens

L’activité de marchand de biens n’est pas réglementée par une carte professionnelle spécifique, comme c’est le cas pour celle d’agent immobilier. Le métier est néanmoins encadré par le droit commercial et fiscal (Code de commerce, Code général des impôts), le droit de la construction et le droit des assurances.

Les aspects réglementaires de l’activité de marchand de biens :

  • L’obligation de souscrire deux assurances pour le marchand de biens assimilé à un constructeur rénovateur : assurance « dommages-ouvrages » lorsqu’il fait réaliser des travaux importants sur ses immeubles (art. L242-1 du Code des assurances) et assurance en responsabilité décennale qui le rend responsable des dommages éventuels compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination, pour une durée de 10 ans (art. L241-1 du Code des assurances).
  • L’obligation de fournir à l’acquéreur des diagnostics techniques : diagnostics plomb, amiante, termites, installations intérieures d’électricité et de gaz et performance énergétique, état de l’installation d’assainissement non collectif et état des risques et pollutions (art. L271-4 du Code de la construction et de l’habitation), et garantie de superficie pour la vente d’un lot de copropriété, dite « loi Carrez » (art. 4-3 du décret du 17 mars 1967).
  • L’obligation de poursuivre le bail lors de l’achat d’un bien immobilier loué (art. 1743 du Code civil).
  • L’obligation de demander une autorisation préalable de changement d’usage des locaux auprès de la mairie du lieu d’implantation de l’immeuble (art. L631-7 du Code de la construction et de l’habitation).
  • L’obligation d’obtenir des autorisations de travaux (permis de construire ou de démolir, déclaration préalable, etc.) sauf si ceux-ci sont de faible importance ou ne touchent pas à la structure extérieure du bâtiment (art. R421-2 du Code de l’urbanisme).
  • L’obligation de conclure un contrat de vente d’immeuble à rénover (VIR) ou de vente en l’état futur d’achèvement (VEFA) si le marchand de biens s’engage à réaliser des travaux en contrepartie de la réception d’une somme d’argent versée par l’acquéreur, et ce, dans un délai déterminé (art. L262-4-1 et suiv. du Code de la construction et de l’habitation).

La responsabilité civile et fiscale du marchand de biens

Sur le plan civil et commercial, le marchand de biens est considéré comme un professionnel de l’immobilier. Il est soumis à des obligations renforcées d’information et de loyauté à l’égard des acquéreurs. Sa responsabilité peut être engagée sur le fondement de la garantie des vices cachés, de la réticence dolosive ou du manquement à son devoir d’information.

Sur le plan fiscal, les profits réalisés par le marchand de biens relèvent des bénéfices industriels et commerciaux ou de l’impôt sur les sociétés, en fonction des cas. En principe, les opérations sont soumises à la TVA et les droits d’enregistrement bénéficient d’un régime dérogatoire, à condition que l’engagement de revente soit respecté dans les délais légaux.

Les types de biens visés par l’activité et les compétences nécessaires

Le marchand de biens intervient sur des actifs diversifiés :

  • Biens résidentiels (appartements, maisons, immeubles entiers).
  • Locaux commerciaux, immeubles de bureaux, plateformes logistiques, fonds de commerce.
  • Actifs mixtes ou ensembles immobiliers complexes.
  • Biens anciens nécessitant des travaux importants.
  • Droits immobiliers (parts sociales de SCI, par exemple).

Dans la plupart des cas, son rôle dépasse la simple revente pour s’inscrire dans une logique de restructuration, de repositionnement et d’optimisation juridique des actifs. Il peut procéder à des divisions en volumes ou en lots de copropriété, purger des situations locatives complexes, renégocier ou résilier des baux, ou encore transformer des immeubles obsolètes en actifs adaptés aux nouveaux usages tertiaires.

Le marchand de biens analyse la valeur d’un immeuble à l’aune de son état physique et de son régime juridique (statut locatif, nature des baux, conformité aux règles d’urbanisme, potentiel de division ou de changement d’usage, travaux réalisables, etc.).

Ces opérations requièrent une expertise juridique approfondie, notamment en matière de droit de l’urbanisme, de droit de la construction et de fiscalité immobilière. La maîtrise du droit des baux commerciaux et professionnels est également essentielle dans la mesure où la valeur d’un actif dépend de la qualité de ses locataires, de la durée résiduelle des baux et des mécanismes de révision des loyers.

Par ailleurs, le caractère professionnel de l’activité implique une vigilance accrue en termes de conformité réglementaire et de gestion du risque.

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